La contre-attaque: loin d’être une évidence tactique, c’est un art stratégique

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Le jeu de contre est devenu la marque de fabrique de certaines grandes équipes. C’est un jeu établi aussi le plus souvent quand l’équipe d’en face est jugée plus forte, pour pouvoir défendre assez mais surtout se projeter rapidement en avant pour espérer faire un Hold-up. D’où le fait que certains spécialistes le perçoivent comme une tactique facile et un aveu de faiblesse qui, aussi, ne reflète pas du beau jeu. Néanmoins, si le jeu de contre-attaque paraît demander moins d’intelligence tactique, il n’en demeure pas moins qu’il demande une certaine subtilité stratégique qui ne promeut pas un beau jeu peut-être mais qui permet de bien jouer.

Qu’est-ce que le jeu de contre?

Dans l’art de la guerre, Sun Tzu stipule que « l’invincibilité se trouve dans la défense, la possibilité de victoire dans l’attaque. Celui qui se défend montre que sa force est inadéquate, celui qui attaque qu’elle est abondante. » La synthèse de ses paroles expose que pour gagner, il faut être capable de défendre pour garder son invincibilité d’abord, puis attaquer pour espérer vaincre. Mais chacun de ses phases supposent une stratégie en fonction de sa force. D’emblée, on pourrait se fixer donc sur le fait que le jeu de contre qui repose sur une stratégie de défense en amont, est loin d’être un aveu de faiblesse. C’est plutôt une façon de prendre conscience de ses faiblesses, pour espérer mieux mettre à profit ses forces d’attaque.

Jouer en contre attaque c’est d’abord une histoire d’espace et de temps, un jeu qui exploite une défaillance organisationnelle de l’équilibre adverse à un moment T. La contre-attaque survient lorsque l’équipe d’en face perd la balle au cours d’une phase d’attaque ou de transition attaque-défense. Cela occasionne un déséquilibre dans l’organisation (espace) et l’équipe qui effectue la contre-attaque essaye d’aller marquer avant que l’autre ne puisse se remettre en place et s’organiser à nouveau défensivement (temps).

Une équipe peut avoir un jeu de contre-attaque comme identité en vertu des aspirations du coach. Mais aussi l’entraîneur peut être contraint de jouer en contre si les armes qu’ils possèdent ne lui permettent pas de jouer en possession ou de garder un équilibre en jouant en attaque placée. C’est ce que fait le plus souvent un certain José Mourinho. Il s’exprimait en ces mots d’ailleurs: « Ce sont des gens qui ont des idées, une philosophie, et qui veulent créer quelque chose qui s’apparente à « on repart bien de derrière, on a une bonne possession de balle mais on ne joue pas en contre-attaque ». Si vous ne jouez jamais en contre-attaque, c’est que vous êtes stupide. C’est une vraie munition en football, une munition dont vous disposez lorsque l’adversaire est déséquilibré, avec une fantastique opportunité de marquer. »

Mais si le jeu de contre attaque marche autant et qu’on a des chances de la mettre en oeuvre c’est parce qu’on a créé des situations qui poussent l’adversaire à perdre la balle dans un moment où il est plus en déséquilibre et qu’on aura de l’espace pour l’enclencher.

Comment enclencher et concevoir une contre-attaque?

Comme énoncé plutôt, une contre-attaque se passe en vertu d’un moment et d’un temps et que l’élément enclencheur est une récupération de balle. Cette dernière dépend d’un marquage avec une défense censée contenir les attaques adverses. Il faut souligner qu’une stratégie de contre-attaque est loin d’être évidente. Il faut une équipe bâtie et préparée à cela.

Généralement les équipes qui jouent en contre sont celles qui sont moins outillées au milieu (sauf si c’est une identité de jeu bien fixée). La contre-attaque s’appuie le plus souvent sur une forte défense et une attaque moyenne. La défense doit être assez forte pour bien contenir les attaques adverses, récupérer la balle, puis avoir surtout une capacité de passe et de relance assez bonne, afin de libérer le cuir au bon moment, sans perdre de temps, avec un bon choix du destinataire. Entre la récupération de la balle et sa sortie, on doit être extrêmement rapide pour avoir l’effet de surprise et exploiter le déséquilibre de l’équipe adverse..

Du côté de l’attaque, elle peut-être moyenne. Parce que, même quand elle est moins technique, la contre attaque peut être décisive. Mais il faut de la vitesse ! Elle est clé pour espérer finir avec un but. Il faut une vitesse dans la transition mais aussi dans les courses pour ne pas se faire rattraper par le repli adverse.

Le but du Real Madrid en finale de Copa de Rei contre le FC Barcelone en 2014 en est une parfaite illustration.

Pour avoir un jeu de contre-attaque efficace, il faut surtout jouer direct à une touche de balle. Avoir des joueurs qui sortent et se projettent rapidement dans le camp adverse est tout aussi important au cas où il y’aurait besoin de faire de petites combinaisons rapides pour neutraliser les joueurs adverses qui étaient restés en défense. Une supériorité numérique lors de la contre attaque augmente les chances d’approfondir le déséquilibre parce qu’on multiplie les choix de passe et ça perturbe le peu de joueurs adverses qui essayent de défendre.

Ce but du Shaktar est aussi une illustration

En somme, le jeu de contre, qu’il vous laisse indifférent ou qu’il ne vous paraisse pas suffisamment charmant, reste efficace et difficile à mettre en oeuvre. C’est une tactique qui ne s’improvise pas et qui demande en amont, une étude approfondie des faiblesses de l’équipe adverse pour les pousser dans les situations où elles sont moins à l’aise pour espérer récupérer la balle; puis demande en aval une parfaite maîtrise de l’ensemble des données d’une attaque rapide. Il faut aussi et avant tout, posséder un effectif préparé à ça.

N’oubliez pas: « Oui, on peut bien jouer sans jouer très beau »

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